Il y a des séances qui se font dans la légèreté, celle de Géraldine en fait partie. On se connaissait déjà grâce à un précédent shooting famille, un lien créé, une confiance installée. Quand elle a poussé la porte de mon studio de Satigny ce matin-là, on a à peine eu besoin de se détendre, la chaleur des retrouvailles à fait le job.
La quarantaine. Pas celle qu'on redoute, celle qu'on célèbre. Géraldine arrive dans cet âge-là avec le sourire de quelqu'un qui sait enfin ce qu'il veut. Elle voulait garder une trace de cette période. Pas par une photo de profil ou un selfie. Un vrai souvenir, quelque chose à sortir dans vingt ans en se disant que c'était une belle période.
Avec le luxe de se retrouver entre personnes qui se connaissent déjà, on est passées directement à ce qui comptait : trouver les tenues qui allaient raconter sa version de cette journée.
Géraldine a ce style naturel des femmes qui savent s'habiller sans y penser, des pièces choisies, des matières qui ont du caractère, rien de superflu. On a fouillé dans ce qu'elle avait apporté en gardant un œil sur le studio. Les murs ocre et beige de Satigny ont cette chaleur particulière qui appelle certaines teintes et en étouffe d'autres. On a joué avec sa carnation, des tons chauds, des matières douces, rien qui vole la vedette à son visage. Parce que c'est lui qu'on voulait voir sur ces photos, pas ses tenues, même si son style fait partie intégrante d'elle et que ça se voit.
Le shooting lui-même a coulé comme une conversation entre amies. Elle était à l'aise, curieuse, souriante sans effort. Ces clientes là sont un cadeau, pas parce qu'elles sont "faciles" à photographier, mais parce qu'elles te font confiance complètement. Et cette confiance se voit sur chaque image. Elle savait déjà que je chercherai à capturer sa personnalité et à la mettre en valeur sans lui demander de surjouer. Il y a eu ce moment, en fin de séance, où la lumière du studio touchait son visage d'une façon particulière. Elle riait de quelque chose, les épaules détendues, les yeux plissés. J'ai appuyé sur le déclencheur sans qu'elle s'en rende compte. C'est cette photo-là qu'elle a choisie en premier quand on a regardé les images ensemble à la fin.
Celle où elle ne posait plus. Celle où elle était juste elle.
C'est ça que je cherche à chaque séance. Ce moment où la personne en face de moi oublie l'objectif et redevient simplement elle-même. Avec Géraldine, on y était depuis le début.
La quarantaine douce et pleine de vie - c'est exactement ce que ces photos racontent. Et dans vingt ans, quand elle les ressortira, elle saura qu'elle avait bien raison de les avoir faites.