Séance nouveau-né Lausanne
Elena et son petit dernier
Elena est médecin, maman de trois enfants d'une première relation, et depuis peu maman d'un quatrième, le premier de sa nouvelle histoire. Son conjoint arrive lui aussi avec trois enfants dans les bagages, ce qui porte le compteur familial à sept enfants au total. Autant dire qu'on n'est pas chez des gens qui s'ennuient.
Quand on s'est parlé avant la séance, elle m'a confié s'inquiéter de l'état de son appartement. Ils avaient emménagé quatre mois plus tôt dans une belle maison moderne sur une colline de la région lausannoise, et comme dans toutes les maisons où vivent des enfants, le rangement parfait n'était pas tout à fait au rendez-vous. Je l'ai rassurée immédiatement, j'ai moi-même quatre enfants à la maison, je connais la chanson, et de toute façon ce n'est pas ce qui compte. Ce qui compte c'est le bien-être du bébé et de la maman, pas l'état du salon.
Et pour la séance nouveau-né on fait toujours attention au timing, on regarde les cycles de sommeil et d'éveil et on tente de se placer au mieux, mais comme souvent, quand on veut prévoir, les choses se décalent ... et c'est ok (comme dirait ma fille). Je ne prévois rien de précis et j'ai toujours du temps pour rester et m'adapter au rythme du bébé. Parfois la séance dure 1h, parfois 3h, pas de panique, je suis là pour ça.
Durant la séance nouveau-né il y a souvent une pause allaitement. Comme il se doit bébé de six semaines n'a pas dérogé à la règle, et c'est là que la magie a opéré. Un bébé repu c'est un bébé dans un état second que tous les parents du monde reconnaissent, cet entre-deux délicieux où les yeux se ferment à moitié, où un sourire béat s'installe sur le visage sans qu'on sache très bien si c'est un vrai sourire ou un effet du lait, et où le corps se détend complètement comme si le monde entier venait de disparaître. C'est un des moments les plus doux à photographier, parce que tout est là, la sérénité, la confiance absolue, ce lien invisible entre une maman et son bébé qui n'a pas besoin de mots pour exister.
Elle se demandait aussi de savoir où j'allais m'installer pour faire les photos. Je lui ai expliqué ce que j'explique à toutes mes familles, je trouve toujours un endroit avec une belle lumière, on dégage quelques affaires par-ci par-là en deux minutes, et l'idée est de faire des portraits serrés de toute façon, pas des vues d'ensemble de l'intérieur. Sa maison avait de grandes fenêtres qui laissaient entrer une lumière généreuse, et les chambres, encore sobres avec leurs murs vides du déménagement récent, offraient exactement le fond neutre dont on avait besoin pour mettre le bébé en valeur.
Son petit garçon avait six semaines ce jour-là. On a commencé dans la chambre bébé, puis on a migré vers la chambre des parents selon la lumière et l'humeur du principal intéressé. Et au milieu de la séance, comme tous les bébés de six semaines le font sans prévenir, il a eu faim. On s'est arrêtées, Elena a commencé à allaiter, et j'ai continué à photographier naturellement, parce que c'était beau et que la lumière était parfaite.
Elle s'est inquiétée de son apparence, ce n'était pas prévu, elle n'était pas "prête". Je lui ai dit ce que je dis toujours dans ces moments, ces photos sont pour toi, pas besoin de les montrer à la terre entière si tu n'en as pas envie. Elle les a gardées. Et depuis, ce sont celles qu'elle chérit le plus.
Après la séance on n'a pas rangé tout de suite. On a parlé, longtemps, entre mamans de familles nombreuses qui n'ont pas souvent l'occasion de déballer tout ça avec quelqu'un qui comprend vraiment de quoi il s'agit. C'est quelque chose que je ne m'explique pas toujours mais que je vis régulièrement, en quelques heures à peine, une vraie connexion se crée. On arrive en étrangères et on repart avec le sentiment de se connaître depuis bien plus longtemps.
C'est aussi ça ce métier, mon métier, et je l'adore!
